melancholia Aymeric Haineaux La Bibliophage

Melancholia de Aymeric Hainaux

Dans le cadre d’un Festival Teriaki (72) il y a quelques années, j’ai pu assister à la prestation du groupe Cantenac Dagar composé de 2 talentueux musiciens: Stéphane Barascud et Aymeric Hainaux.

La Rencontre

Comme souvent aux concerts, il y a ce qu’on appelle un stand de merch, pour les non anglophones cela signifie une table, un présentoir ou juste un petit coin avec leurs albums, vinyles à vendre. C’est à ce moment précis que j’ai découvert que Aymeric Hainaux était également dessinateur de bande dessinée. 

Son univers musical très inspiré, voire métaphysique m’ayant captivé à la fois la rétine et l’oreille, je me suis littéralement jetée sur la Bande dessinée, que dis-je le mastodonte qu’il avait auto édité en 2004. 

La maquette superbe, le papier d’une beauté à faire pâlir les plus grands éditeurs m’ont conforté dans le fait de faire de cette œuvre une nouvelle acquisition pour ma bibliothèque. Autant comme souvenir de ce moment de musique, que de celui de la rencontre avec cet auteur doué, passionné, imprégné, intrigant. Le soir-même, ne voulant quitter cette ambiance douce amère, je me suis plongée dans cette œuvre qu’est Melancholia. 

Plongée

Errance d’un couple sur les côtes bretonnes en recherche de souvenirs de commémorations, Aymeric Hainaux nous prend par la main et nous emmène en spectateur de ces silences qui en disent longs, de cette plénitude du vagabondage amoureux sur les dunes du Pilat, ou sur la côte maritime. 

On partage l’inquiétude du couple à l’idée de revenir sur ces traces qui ont vraisemblement marqué leur couple. On est attendri par cet homme délicat et bouleversé par un événement traumatique.

Graphiquement Aymeric Hainaux accomplit la prouesse de faire correspondre le fond avec la forme: des cases délicates à la plume et l’encre de chine à la fois brutales et douces, à la fois délicates et nerveuses. 

Victor Hugo disait que voyager c’est naître et mourir à chaque instant, Melancholia parle de ça, des souvenirs qui sont peut-être des rêves ou des métaphores, des allers et retours que l’on fait sans cesse, des tentatives de compréhension et de pardon que l’on se fait à soi même mais parfois lorsqu’on est deux sur le chemin, accompagné la douleur est moindre. 

Il n’y a que peu de texte et pourtant chaque mots, chaque intonation est ciselée, pesée, chaque phrase fait du sens et vous laisse à penser que vous êtes au cœur d’une reflexion plus large que ce que l’on veut bien vous dire. 

Alors bien sûr, une oeuvre si dense si riche n’est pas sans défaut. Ces défauts qui font sa richesse également. On sent que l’auteur a mis de nombreux mois/années pour aller au bout de son aventure puisque le dessin évolue, change. Les traits ne sont, d’une case à l’autre, plus les même puisque le temps a fait son office, mais c’est aussi d’autant plus significatif dans ce travail gigantesque que ce travail sur le temps qui passe.

Melancholia est une oeuvre qui ne se laisse pas appréhender facilement. La fin ouverte vous laisse seul au milieu d’une piste: à vous de retrouver le chemin de retour ou peut être d’avancer plus loin.

C’est une très belle découverte que ce roman graphique, une plongée dans l’univers d’Aymeric Hainaux qu’on aimerait voir plus souvent sur les tables des librairies pour apporter ce goût doux amer de l’errance.

Melancholio Aymeric Haineaux La Bibliophage

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